mercredi 27 août 2014

Lucrèce Borgia

Cour du Château de Grignan, août 2014, dernière représentation.

Textes de Victor Hugo.
Mise en scène de David Bobbée.


Un coup d'épée... dans l'eau.

En un mot : dommage.
Dommage que Béatrice Dalle, la tête d'affiche soi-disant, ait un charisme de poisson rouge. Le plateau mouvant constitué d'eau froide haute de 30 centimètres n'appelait pourtant aucunement la métaphore aquatique... mais bien Venise. Complètement noyée, la Dalle... Aucun jeu, aucune émotion, rien ne se lit jamais sur son visage, ses mouvements - rarissimes - sont empruntés et sa voix monocorde sonne faux et ne porte jamais. Dur.
Dommage que la modernité ne soit jamais totalement assumée et que l'on finisse par boire sévèrement la tasse.
C'est l'excellent comédien Jérôme Bidaux - Gubeta - qui sauve le spectacle de bout en bout en lui donnant quelques lettres du théâtre.

Après, la scénographie est très réussie. Cette idée de mettre de la flotte de partout, elle est vraiment pas mal. Le jeu de lumières sur la façade du château et ce miroir d'eau est superbe. Soulignons la prouesse des comédiens qui jouent pendant 2 h 30 dans ce liquide presque glacé, se roulant dedans dès qu'ils le peuvent. Des petits gars au corps de rêve, en provenance du cirque et de la danse - ils vont nous en faire la démonstration sans répit... -, qui jouent plutôt bien.

David Bobbee, c'est franchement le mec qui a tout compris. Il a la recette du succès et il ne va pas la laisser perdre.
Une sorte de grosse salade appétissante et bien rafraîchissante en cette période estivale. Mais pas bien essorée. On y met tous les aliments nécessaires - danses, chants, acrobaties... ça croque sous la dent, ces petits mecs bien faits -  et plus encore afin qu'elle soit consistante et fasse l'unanimité, pour un prix très raisonnable. Une truc de saison pour touristes. Mais c'est fade au final. Sans finesse jamais. Il manque un ingrédient qui donnerait du goût et de la profondeur à cette préparation.
Un peu de sel dans cette eau.

2 h 30 faites de bric et de broc, c'est long. Un fourre-tout. Bobbee privilégie toujours la forme au fond, partant peut-être du principe que le fond est acquis puisqu'il s'agit d'auteurs reconnus et aimés de tous. Or, si on ne donne pas corps au fond, on ne l'entend plus. Il ne s'agit pas là de numéros de cirque, de cabrioles ou de saltos arrières (plutôt bien exécutés du reste - merci aux artistes), mais bien d'incarnation. De vie et d'émotion. Ca, il n'y en a jamais.

Le panache, à foison. A travers les corps vigoureux, athlétiques, hyper énergiques et toujours en mouvement des jeunes seigneurs. Ne boudons pas notre plaisir.
Mais le panache à outrance. Le bruit, les grands gestes. On en a plein les mirettes. Mais le coeur reste vide.
L'esthétique est là. Pendant la première heure. La surprise et l'enchantement fonctionnent plutôt bien. Mais seulement une heure. Après, on voit vraiment trop les ficelles et les énormes coutures artificielles.
L'arrivée des seigneurs est assez magistrale, tout comme la scène d'humiliation de Lucrèce. Il y a de très beaux effets dans cette eau qui renvoie au bruit que font les chevaux, aux vacarmes des rues, aux corps qui s'affrontent. La trouvaille est à souligner. Malheureusement, il y a définitivement trop d'eau, et à la fin du spectacle, on a but jusqu'à plus soif depuis longtemps.

Une modernité, donc, jamais véritablement assumée, notamment pendant cette scène du banquet - imbuvable... trop c'est trop - qui n'est là que pour faire étalage des qualités physiques et un peu artistiques des comédiens acrobates qui font les paons : une pincée de chant, une pincée de roue avant, ici l'on marche sur les mains, là on danse le hip hop, et nous... on marche sur la tête. Ennuyeux au possible. Bobbée gratte une grosse demi-heure en insérant des extraits du roman les Travailleurs de la mer de Victor Hugo, et ça, ça ne rime franchement à rien. Dit en plus par l'hôtesse de ces lieux, une princesse en vieille rombière grotesque qui ne sert à rien non plus.

Bobbee, c'est une sorte de provocation politiquement correcte. Il flirte avec tout ce qui peut choquer mais reste toujours à la surface. De l'eau...
La modernité dans le langage n'est jamais vraiment osé. Et ça manque beaucoup.

Ah... Le mec à la gratte est... sympatique. Là aussi, dommage. C'était plutôt très joli au début, cette balade rock à la Damien Rice. Mais c'est redondant et à la fin, on ne sait plus quoi en faire de ce mec qui la ramène sans cesse, en anglais évidemment, alors - ben tiens ! - les comédiens le prennent à partie. Allez-y ! On est une bande de jeunes et on se marre... Pas de cadre. Pas de normes ! Ah ah ah... !


Le rôle de catharsis ?
Oui ! OF COURSE ! A les voir tous se vautrer allègrement dans cette pataugeoire glaciale, alors qu'on est nous-même déjà frigorifiés assis sur notre estrade en plein air bien trop frais pour la saison, on est vachement heureux et reconnaissants d'être bien au sec, même si avec une petite laine supplémentaire...


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